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Petite Cora
par
Jules Claretie
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I
Le petit modèle, charmante sous le grand chapeau du Directoire, avec la jolie robe collante à rayures roses, les cheveux noirs un peu crépus, ébouriffés, hochait la tête pendant que le peintre caressait sur la toile les contours de ce mince corps souple, ces lignes juvéniles apparaissant sous la transparence des étoffes d'autrefois.
- Oh ! monsieur Georges, c'est joli, bien joli, ce costume ; mais ce n'est pas comme ça que j'aurais voulu être peinte !
Elle disait zoli, avec un doux accent créole, un grasseyement léger, très tendre, et de grands yeux noirs mélancoliques dans un visage d'enfant arabe, à la pâleur cuivrée.
- Ah ! ce n'est pas comme ça ! Et comment auriez-vous voulu être peinte, mademoiselle Cora ?
Les prunelles tristes du petit modèle devinrent ardentes tout à coup, - avides devant un rêve évoqué, - et Cora répondit, la voix tremblante :
- Oh ! ce que j'aurais voulu ! C'est en soeur de charité que j'aurais voulu me voir !
- En soeur de charité ?
- Oui ; mais avec ces grandes ailes blanches qui battent des deux côtés de la figure. C'est si beau cette coiffure, si beau ! Et soeur de charité, c'est si bien d'être soeur de charité !... J'aurais voulu être, moi, soeur de charité, au lieu de...
Elle s'arrêta, et à ses yeux noirs montèrent de grosses larmes.
- Cora, si vous pleurez, ma petite Cora, vous n'aurez plus l'air d'une