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e;gime et au nouveau, le seul qui ait presque autant vécu dans l'un que dans l'autre, le seul aussi qui ait tant voyagé et qui ait vu tant d'aspects de la terre. Il est né en 1768, dix ans avant la mort de Voltaire et de Rousseau. Il est mort en 1848, quand Taine et Renan écrivaient déjà. Nos pères auraient pu le voir entrer à l'Abbaye-aux-Bois.

Comme l'ancienne France et la nouvelle, il a connu le dur passage de l'une à l'autre; il en a souffert dans son âme et dans sa chair. Il a vu la Révolution et il a vu l'Empire. Son génie a reçu de la réalité les plus beaux ébranlements. Il a «bâillé sa vie», c'est entendu; mais nul n'a été plus aimé, et nul n'a plus joui de sa gloire et de sa tristesse. Orgueil, désir, ennui, c'est toute son âme. Il nous a légué des façons de sentir où nous trouvons encore des délices.

Voilà, sommairement, ce que Chateaubriand est pour nous, et ce qu'il était pour moi, avant que j'eusse entrepris de l'étudier de plus près. Je ne sais pas du tout si nous découvrirons en lui quelque chose de plus, ou bien autre chose. Nous verrons bien. Sa bibliographie est énorme. Je n'ai pas tout lu, il s'en faut. Je ne vous promets pas d'être complet; je ne vous promets pas d'être original: je ne puis vous assurer que ma sincérité. Ce que je vous propose, en somme, c'est une libre promenade à travers la vie et l'oeuvre de Chateaubriand.

Naturellement, je me servirai beaucoup des Mémoires d'outre-tombe, surtout pour ses commencements, sur lesquels nous n'avons que son témoignage. Je m'en servirai avec la prudence qui convient: car, lorsqu'il nous raconte son enfance, il a déjà quarante ans. Mais aussi la façon dont il voit l'enfant qu'il a été nous fait

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Chateaubriand, page 2
by Jules Lemaitre

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