2
S DE L'ÉDITEUR.
C'est avec raison que l'on peut regarder la collection de ces lettres comme un des plus piquans ouvrages qui ait paru depuis longtems; jamais, on peut le dire, des contrastes aussi singuliers ne furent tracés par le même pinceau, et si la vertu s'y fait adorer par la manière intéressante et vraie dont elle est présentée, assurément les couleurs effroyables dont on s'est servi pour peindre le vice ne manqueront pas de le faire détester; il est difficile de le mettre en scène sous une plus effroyable phisionomie. De l'assemblage de tant de différens caractères, sans cesse aux prises les uns avec les autres, devaient résulter des aventures inouïes; aussi pouvons-nous assurer qu'aucune anecdotes réelles ..., qu'aucun mémoires, qu'aucun romans, n'en contient de plus singulières, et nulle part, sans doute, on ne verra l'intérêt croître, et se soutenir, avec autan d'adresse et de chaleur. Ceux qui aiment les voyages trouveront à se satisfaire, et l'on peut les assurer que rien n'est exact comme les deux différens tours du monde, fait en sens contraires par Sainville et par _Léonore_. Personne n'est encore parvenu au royaume de Butua, situé au centre de l'Afrique; notre auteur seul a pénétré dans ces climats barbares: ici ce n'est plus un roman, ce sont les notes d'un voyageur exact, instruit, et qui ne raconte que ce qu'il a vu; si par des fictions plus agréables il veut à _Tamoé_ consoler ses lecteurs des cruelles vérités qu'il a été obligé de peindre à Butua, doit-on lui en savoir mauvais gré! Nous ne voyons qu'une chose de malheureuse à cela, c'est que tout ce qu'il y a de plus affreux soit dans la nature, et que ce ne soit que dans le pays des chimères que se trouve seulement le juste et le bon. Quoiqu'